Hyobeen, Amen-Allah, Valentina, Haruto, Mirsamad, Isabelle… ils viennent de Corée, de Tunisie, de Bulgarie,  du Japon, d’Azerbaidjan, d’Angleterre…

Partis des quatre coins du Monde pour se retrouver à Paris, ces enfants ont tous un point commun : Madame Bergère.

Ses bras ne sauraient les contenir, ni son cœur les retenir. C’est elle leur premier point de contact avec l’éducation nationale française. Au fil des années, ces enfants venus du Monde entier se rencontrent dans sa classe de l’Upe2a à l’école de Rouelle dans le 15ième arrondissement de Paris. C’est là qu’ils prendront leur envol au cours de l’année pour rejoindre la classe élémentaire correspondant à leur niveau, une fois les bases de la langue française acquises.

Nous avons eu le privilège de passer une après-midi en immersion dans cette classe particulière. Nous les avons écoutés, nous les avons observés et nous sommes repartis le cœur rempli d’espoir.

Dans la classe de Madame Bergère, nous avons été les témoins de ce monde en germination, où les différences se conjuguent et s’harmonisent entre elles. Un Monde où chacun a sa place, riche de ce qu’il est et de ce qu’il peut apporter aux autres.

A notre tour, nous vous invitons à prendre part à cet édifiant voyage.

 A l’école de l’Amour

Le temps passé aux côtés de Madame Bergère et ses élèves nous a permis de reconstituer les partitions de la belle mélodie des cultures qui s’expriment dans cette classe. Les élèves y apprennent les mathématiques, la géographie, l’histoire mais c’est surtout une école de la vie comme nous l’avons rarement vu ailleurs.

Que se passe-t-il dans cette classe hors du commun ?

Dans la classe de Madame Bergère :

  • Les enfants apprennent à être fiers de leur culture d’origine

D’entrée de jeu le ton de la rencontre est donné : « Les enfants, pouvez-vous vous présenter à nos invitées ? Votre nom, votre âge, de quel pays vous venez et quelle est la.les langue.s que vous parlez ».

L’espace de la première demie heure, nous avons droit à un véritable tour du Monde. Chaque escale nous révèle des surprises ! Nous y apprenons, par exemple, que l’âge en Corée et l’âge en France ne sont pas comptabilisés de la même manière : « En Corée j’ai 10 ans et en France j’ai 8 ans » nous annonce fièrement l’une des élèves. Les enfants s’écoutent attentivement, le regard pétillant, ravis de ce qu’ils nous apprennent sur eux.

Madame Bergère est très sensible à l’accueil de l’enfant avec toute son histoire et sa culture.

Les cours qu’elle met en place visent d’abord à valoriser la culture d’origine de chaque élève.

Celui de la biographie langagière par exemple, permet à l’élève, sur la base de dessins, de présenter les différentes langues parlées à la maison avec chaque membre de la famille.

« Ils arrivent ici, avec l’impression que l’on a d’eux qu’ils ne savent pas. Moi je leur dis tout ce qu’ils savent faire : compter, parler, raconter des histoires, faire rire dans leur langue » nous confie Madame Bergère d’un ton rempli d’empathie.

Recourir à leur langue maternelle est un détour pour leur transmettre le français. Ainsi, ils ne se sentent pas obligés d’intégrer une autre culture au détriment de la leur mais ils apprennent plutôt à composer avec cette double culture dans la liberté de comparer la France et leur pays. L’objectif de cette méthodologie est de stabiliser leur personne pour qu’ils soient plus disponibles pour apprendre.

Les cours de linguistique comparée favorisent cette analyse et conforte la confiance de l’élève.

 

Alphabet Coréen syllabique

 

Plurilingue Faim de loup

Notre attention est particulièrement retenue par le coin bibliothèque qui laisse entrevoir des livres en différentes langues : « c’est pour montrer aux élèves que toutes les langues se valent ; ils sont très contents de montrer à l’autre : tiens il y a un livre en arabe, c’est pour toi ».

Cette ambiance se ressent tout à fait dans la classe. Tout le monde a le droit de s’exprimer, quelques fois dans un brouhaha, mais là aussi c’est assumé par la maîtresse : « Je donne parfois des consignes floues pour créer un bazar. Les enfants apprennent naturellement les uns des autres ». C’est bien ce que nous avons observé !

  • Les enfants apprennent à s’intéresser les uns aux autres

Pendant les présentations, Madame Bergère propose un exercice particulier aux enfants : « Parlons à présent de ceux qui ne sont pas là, chacun va présenter un camarade qui est absent aujourd’hui : son nom, son âge, son pays et sa langue ». Proposition reçue avec beaucoup d’excitation par les enfants : « Moi ! Maitresse, je veux parler de Luc, il a 8 ans, il vient du Cameroun et il parle Bokassi »

Il s’en suit alors une série de présentations nous entrainant une fois de plus dans un tour du Monde en quelques minutes : le Tibet, la Moldavie, l’Angola, l’Italie, le Mali… Même les anciens élèves qui sont passés par l’Upe2a ressortent de la boîte à souvenirs des enfants. « Je laisse volontairement les photos des anciens élèves pour qu’ils comprennent qu’ici ce n’est qu’un passage ».

Nous sommes agréablement surpris de constater que les enfants connaissent parfaitement le pays d’origine de leurs petits camarades.

Cette démarche va encore plus loin, par l’assimilation de la langue de l’autre. Lorsque la maitresse leur demande de dire une phrase ou un mot dans la langue d’un de leurs camarades,  nous assistons à une discussion improbable ! Spontanément, une petite fille japonaise entame une conversation avec son amie coréenne dans la langue de cette dernière. Madame Bergère n’est pas du tout surprise ! « Elles se sont enseignées entre elles. J’ai eu plusieurs histoires comme celle-ci : Une année j’ai reçu un petit brésilien très brillant, pendant les temps de lecture dans le coin bibliothèque, il allait voir les coréennes et leur demandait la transcription des images en coréen. Il était en train d’apprendre le coréen ! Une autre année j’ai également eu un duo qui marchait très bien : un grand libyen et une petite chinoise ! »

Dans toutes les classes de l’école de Rouelle, il y a des langues étrangères. Madame Bergère encourage ainsi ses collègues à valoriser les langues de leurs élèves par la prise de conscience de la présence de cette richesse dans leurs classes. Cela donne lieu à des projets qui fédèrent toute l’école autour des langues comme par exemple la réalisation d’une grande carte du Monde avec un point sur les pays qui sont représentés dans l’école. « J’ai également fait des recherches de tous les alphabets et je les affiche dans l’école à la fin de l’année ». Toutes les langues sont valorisées ; la maîtresse nous confie également qu’elle apprend le braille à ses élèves. « Je fais tout cela pour que les parents et les enfants soient fiers de leurs langues. »

L’esprit d’entraide et de partage insufflé par Madame Bergère porte véritablement des fruits auprès de ses élèves : « J’ai reçu un petit coréen qui était autiste. Il était complètement géré par le groupe. Par exemple, lorsqu’il y avait des croisements de classe dans les couloirs, les élèves s’assuraient bien qu’il était toujours dans le groupe ».

Toute cette pédagogie tournée vers le partage, la sollicitude, l’entraide favorisent l’intérêt des enfants pour la culture de leurs camarades de classe. Leur regard s’ouvre complètement et leurs rêves d’avenir le confirment : « Lorsque je serai grand, je voudrai voyager, j’aimerai aller dans le pays de mon ami » réponse à l’unanimité lorsque Madame Bergère interroge les élèves.

  • Les enfants apprennent à apprendre

Dans la classe de Madame Bergère, les journées se suivent et ne se ressemblent pas.

« Le lundi matin par exemple, chacun essaie de raconter ce qu’il a fait pendant le week-end. Quand ils n’y arrivent pas à l’oral, ils dessinent au tableau et toute la classe essaie de deviner. » La production orale et la reproduction écrite occupent une bonne partie des journées. Les élèves sont également encouragés à faire des recherches dans les livres.

Il est très important pour Madame Bergère de montrer aux élèves qu’elle ne sait pas tout et qu’elle peut se tromper. « Je demande alors à un.e. élève d’aller regarder dans le dictionnaire un mot pour lequel j’ai un doute ». Les enfants apprécient ainsi se rendre utile en volant au secours de la maîtresse ! Apprendre de ses erreurs est l’une des meilleures pédagogies !

« Tu peux le faire, si tu te trompes ce n’est pas grave. Si tu le penses c’est que c’est vrai. Tu as raison de penser comme cela ». Il est important pour elle de valoriser ce qu’ils osent faire.

L’après-midi passé en compagnie de Madame Bergère nous a permis de voir combien son travail exigeait beaucoup de qualités humaines en plus de ses qualifications professionnelles. Les enfants qu’elle reçoit viennent chacun avec leur histoire et ont dans la plupart des cas des besoins affectifs intenses.  Qu’ils soient porteurs de handicap ou issus de familles fragilisées, elle devient pour un eux le point de repère dès leur arrivée en France, leur nouveau pays.

Madame Bergère est dotée d’une bienveillance et d’une humilité qui la rendent attachante. Elle accueille chaque enfant tel qu’il l’est, fort de son histoire, en situation de handicap ou pas. Au-delà des enfants, c’est à toutes les familles du Monde qu’elle ouvre son cœur. Passer du temps avec elle, c’est assister à la construction d’un monde meilleur pour tous les enfants du Monde.

 

 

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