En passant du temps avec Madame Bergère, nous avons voulu comprendre d’où lui venait toute cette énergie. En savoir plus sur elle, découvrir son parcours et son rapport au Monde tant sa relation avec ses élèves est exceptionnelle, nous a permis de déceler les similitudes qu’elle partage avec le parcours de ses élèves : « je suis née au Liban et j’ai passé 17 ans dans des pays arabes : le Liban, le Koweït, la Libye et l’Egypte. ».

Elle est issue d’une famille très ouverte sur les autres cultures : « Mon père est un gourmand des langues, il est en apprentissage permanent. Lorsque nous sommes partis vivre en Egypte il a commencé à apprendre les hiéroglyphes. Il est également passionné de la Chine. »

Sa famille est un joli bouquet culturel : la France, sa culture d’origine ; l’arabe, sa culture d’adoption ; l’Italie, sa culture par amour à travers son mari.  Ses années d’expatriation en Bulgarie et dans les Îles Canaries rajoutent l’espagnol et le Bulgare à cette palette de langues.

« Pour nous il était important d’élever nos enfants à l’étranger. C’est en voyageant que l’existence des autres cultures devient une évidence, ce n’est plus quelque chose qui se raconte mais qui se vit. »

Nous ne sommes donc pas surpris de la voir passer naturellement de l’espagnol à l’arabe en esquissant des mots de Japonais, elle est complètement polyglotte.

Il semblerait que tous les chemins de Madame Bergère l’ont mené à la rencontre des familles qu’elle accueille dans sa classe de l’Upe2A*.

*Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants : il y en a 52 à Paris coordonnées par le Centre Académique pour la Scolarisation des Nouveaux Arrivants et des enfants du Voyage**.

**Les actions du CASNAV sont multiples : évaluation des élèves mineurs de plus de 11 ans arrivant de l’étranger, gestion des Unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants (Upe2a) du 1er degré (52 en 2017-2018)  et du 2nd degré (77 en 2017-2018), formation des professeurs… Les initiatives et innovations se multiplient pour scolariser dans les meilleures conditions possibles les élèves allophones de l’académie. Ainsi, une Upe2a-Ulis, pour les élèves allophones porteurs de handicap, a été ouverte l’an dernier au collège Lavoisier, et une structure scolaire de quatre classes a été implantée au centre d’hébergement d’urgence d’Ivry. Ce sont là deux exemples du dynamisme du Casnav et de l’engagement des équipes, dans les établissements et au rectorat.

D’après : https://www.ac-paris.fr/portail/jcms/piapp1_64061/scolarisation-des-nouveaux-arrivants-et-des-enfants-du-voyage-casnav

  • A l’écoute des familles du Monde

En début d’année, pour pouvoir créer le lien avec les familles, Madame Bergère organise une réunion avec les parents. Ceux qui ne comprennent pas le français peuvent être accompagnés par un.e  traducteur.trice. Elle a également sa méthode pour créer le contact avec les parents : « Je prends les parents le plus stressés et je me dis que j’ai 20 min pour les faire rire ».

Les fêtes qui rythment l’année sont également des occasions pour les rencontrer. Les parents sont invités à apporter des plats de leur pays.

Par ailleurs, l’école Rouelle fait partie d’une action du ministère de l’Intérieur et de l’Education nationale coordonnée par le CASNAV : Ouvrir l’école aux parents pour la réussite des enfants qui a pour objectif de favoriser un accompagnement efficace de la scolarité de leur.s enfant.s par les parents, en leur proposant un apprentissage de la langue française ainsi qu’une connaissance du fonctionnement de l’école et des usages de la société française.

  • A la hauteur de ses élèves

Ce qui nous frappe de premier abord c’est la confiance perceptible entre les enfants et leur maitresse. Dans cette classe on rit beaucoup, les enfants sont visiblement heureux ! On se croirait presque dans une famille. « J’ai eu un élève qui venait du Mali, il me suivait tout le temps. Il s’accrochait à mon bracelet pendant toute la journée. Les petits coréens m’interrogeaient sur ce comportement étrange. Je leur ai expliqué qu’en Afrique on se touchait beaucoup et que le petit garçon vivait mal la séparation avec sa maman restée au Mali et qu’il s’agissait d’une étape, que bientôt il n’aurait plus besoin de ce contact».

En se mettant à la hauteur de ses élèves elle arrive à développer une écoute attentive lui permettant de gérer les cas les plus sensibles : « j’essaie toujours de me demander pourquoi il me dit ça, dès que je peux je leur demande à quoi ils.elles pensent, je parle régulièrement avec eux pour les comprendre. »

 A ses côtés, les élèves se sentent en confiance pour explorer la langue française en s’ouvrant à cette nouvelle culture sans qu’elle n’entre en conflit avec leurs origines. Ils sont motivés par l’amour et la confiance de Madame Bergère, ils ont envie d’apprendre même lorsqu’ils rencontrent des difficultés.

« Je veux qu’ils comprennent que, tous les jours, je leur donne leur chance ». Elle les nourrit de tout son amour pour qu’ils osent lui lâcher la main et avancer en toute confiance tout au long de leur scolarité. « Je me dis que j’ai réussi, lorsqu’en les croisant dans la cours de récréation les années suivantes, ils m’appellent Madame Bergère et non maitresse. » A ce moment-là, elle est rassurée, elle sait qu’ils sont prêts à prendre leur vol pour déployer tout leur potentiel.

Merci Madame Bergère. Merci pour ce que vous faites pour la France multiculturelle. Merci pour ce que vous faites pour le Monde en préparant ces enfants à devenir les acteurs du changement.

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